L’hélicoptère, le bateau et le deltaplane

Ce blog est le premier d'une série de trois (3), qui raconte l’histoire d’un homme n’ayant jamais été scolarisé mais qui a su malgré tous les défis, se faire une place de choix parmi les célébrités de sa cité, Kamsar. Ses œuvres parlent d’elles même, elles sont une parfaite illustration de ce qu’on pourrait qualifier d’innovation technologique et sociale mettant ainsi, un gros coup de lumière au sens propre du terme ; sur les actions du PNUD à travers son laboratoire d’accélération dont l’une des missions principales est de travailler avec les communautés dans une dynamique de redéfinition des paramètres clés du développement.

Auteurs :

Moussa CAMARA, Head of Solutions Mapping / Mianfing KABA CONDE, Head of Exploration.

Episode 1 : L’hélicoptère, le bateau et le deltaplane

Les créations automobiles de Yéro KANTE : L’hélicoptère dépiécé, le deltaplane en action et le bateau]

Selon le Principe de l’aérodynamisme, les notions telles que : la puissance nécessaire, la poussée 
aérodynamique, le bilan de puissance, l’équilibre d’un rotor, la relation entre les pales avançante et reculante ; pour ne citer que celles-là, sont nécessaires à la technique et construction d’un hélicoptère.

Comment un homme jamais scolarisé, dans une zone où accéder à la formation était un défi, réussit à tirer son épingle du jeu ? Comment sans aucune formation en aviation, réussissait-il à voir entre les différentes articulations de la dynamique d’un hélicoptère ? Comment avec les moyens rudimentaires, arriva-t-il à regrouper tout le nécessaire pour la fabrication d’un hélicoptère ? Comment arriva-t-il à tirer de son handicap, une richesse d’esprit pour s’attirer la sympathie des pilotes de la région ?

Chers lecteurs, à Kamsar se trouve un jeune homme d’un dynamisme inestimable nommé Yéro KANTE qui a réussi malgré son illettrisme, à construire toute une flotte navale et un réel hélicoptère.

Voici le premier épisode de son histoire, contée par Yéro KANTE lui-même.                         

Une enfance difficile

Natif de Fria, ville minière située en région de Boké, où l’électricité étant une denrée rare, laissait place à l’usage des lampes à pétrole. Je venais souvent rendre visite à mon père dans sa forge.

De toute mon enfance, ce fût par des observations et formations en bon garçon ; auprès de mon père, le maître forgeron que j’eus cultivé l’amour des métaux.

La forge, un autre monde, celui des hommes forts du bras et du cœur. C’était compliqué pour moi de voler la vedette à mon père que j’admirais tant. Je martelai plusieurs fois sur mes doigts de la main à vouloir suivre la cadence des métaux. Difficulté dans laquelle je finis par m’acheter un vélo. Et depuis, je décidai d’y rester pour toujours.

A quelques minutes de l’atelier de mon père, se trouvait un hôpital où les transports des malades se faisaient quelques fois par le biais d’un véhicule volant que je trouvai magique et dont la capacité à se lever et se poser me paraissait plus que divine. La vue de cet extraordinaire objet volant, déclencha en moi une avalanche de pensées.  J’en rêvais à tout moment jusqu’à arriver à la décision d’en concevoir.  

Motivé par la vue d’un objet surprenant, le commun du mortel se serait rapidement heurté à la faiblesse de l’esprit, créant dès lors, un blocus du fait d’absence de moyens immédiats ; ce qui ne fût pas le cas de Yéro.

sources : ICI Terre–Neuve-et-Labrador, supercoloring.com]

Le travail paie toujours

C’est précisément en ce moment-là que je commençai à comprendre et finis par réaliser qu’être fils de forgeron était pour moi un merveilleux cumul de chance et bénédiction, puisqu’être à ses côtés, au-delà de l’aspect relationnel maître-élève, j’eu la chance d’apprendre à connaître les différentes techniques de domptage du fer, bien qu’étant un processus assez complexe et méticuleux ; et finis par maitriser avec le soutient dans la douceur et amour de mon père.

Je commençai alors à guetter les vas et viens des hélicoptères, et me suis mis à collecter les quelques morceaux de fer laissés à la perte par mon père, que je réchauffais presque tard la nuit pour constituer une forme proche de celle observée au préalable. A dire vrai, c’était pour moi un grand secret de travailler seul sous le regard de mon créateur qui seul savait, ce qu’allait advenir du tas de ferrailles enfournées.

Très tôt le lendemain, je me précipitai pour que le secret ne se fit pas dévoiler. A la faveur de la lumière du jour, je découvris pour la première fois ma propre création toute faite. Oui, je venais de réaliser que mes efforts eurent payé. C’est ainsi que je devins alors fabricant de maquettes avec la seule volonté de construire des jouets à garder jalousement dans notre salon. Je fus très fier de la très grande étape franchie, celle de fabriquer en miniature, l’objet volant mythique.

Généralement, à cette étape, vous vous dites : c’est ok ! Je me contente de cet exploit ! Alors que Yéro, sous le poids de la réalité de sa communauté, dont les moyens ne furent pas à la hauteur de ce genre de locomotion, se mit à trouver les paramètres de son équation.

Ma curiosité ne fut pas satisfaite. Je continuais à regarder le modèle réel survoler notre atelier et me dis mais pourquoi ne pas passer de la maquette à la version réelle ?

Le coup de pouce salvateur

Par chance, sur avis d’un ami, je me rendis à l’aéroport pour rencontrer des personnes du domaine qui m’eurent très vite rectifié en me donnant le nom générique hélicoptère.

Mes premières questions m’eurent très vite situé sur toutes les sublimités allant de l’architecture, passant par les composantes électroniques, type et taille de moteur embarqué à la dynamique de l’ensemble motile. J’eus tout, tout pour construire et piloter mon hélicoptère.

A cette période, je fus la petite célébrité du quartier. Tous les enfants désiraient un avion fabriqué par moi, le petit forgeron.  J’en eus vendu une bonne quantité pour acquérir des matériels plus conséquents de construction du grand modèle.

Tout alla très vite, les différentes liaisons entre les éléments composants de la structure solide étaient acquises et au fil du temps, les choses devinrent plus intéressantes. Je ne voyais et ne respirais que par la réussite de cette œuvre.

On ne se souciait plus de la dureté des travaux de notre père, on les accomplissait vite et bien, de sorte à ne pas être dérangés lors de notre exercice. Au vu de l’enthousiasme qui nous animait, notre père fini par nous laisser avancer pleinement sur notre projet.

De la vision à la réalité

le montage des éléments de la structure]

La silhouette était déjà bien visible. Toutes les pièces eurent été alors fabriquées et dressées comme l’indiquait notre guide couché sur papier. Nous avions réussi à attirer par le gabarit imposant de notre œuvre, des spectateurs de tous âges qui assistaient à la chorale de marteaux que donnaient le groupe de bénévoles artisans apprentis venus pour m’assister. Tous étaient contents et se demandaient mais comment allions nous faire voler cet engin ?

Pour moi ce n’était qu’une question de temps, j’avais réponse à toutes mes questions. Ainsi après montage du squelette, il nous restait le montage du moteur et c’est bien là que les plus réticents ont été emmenés à se joindre à nous.

La gloire à fleur de peau

Nous trouvâmes alors un moteur de voiture que nous montâmes. Après quelques coups de manivelle et Hop !!!! « Brouit du moteur », ça marche, ça marche !!!, telles furent les voies fines perçues à travers le vrombissement assourdissant du moteur qui donna plus qu’un coup de fouet à notre fort intérieur, l’émotion fut grande ! Tout marcha ! La puissance, les hélices, le rotor, tous furent fonctionnels !

On eût l’impression d’un hélicoptère réel déshabillé posé dans notre atelier. Un dernier checking de tous les points qui me furent soulignés par les personnes ressources rencontrées à propos, fût très finement réalisé à résultat positif.

Deux jours après les vérifications, je pris le courage de l’essayer sur un espace ouvert.

Dans les régions de la Guinée, les espaces ouverts ou libres sont à perte de vue. Cependant concernant la volonté de faire voler sa construction, Yéro s’est heurté aux autorités de la cité. Qui ne lui rendurent pas la tâche facile.

Sous les yeux hagards de mes amis et collègues, le ciel nous suivit avec un vent doux caressant les flancs de notre hélicoptère, je fus dès lors rassuré, aucun doute ne traversait ma tête, convaincu et prêt à survoler la ville de Kamsar !!

Dès l’allumage, après quelques bonnes minutes de chauffage, je survolai sur une bonne distance sous les applaudissements…

Tous ceux présents lors de ce test, scandèrent, « nous avons réussi !!! », oui nous l’eûmes réalisé, construire de nos propre mains notre Hélicoptère…La joie fut immense mais pas pour longtemps ; vu que je fus arrêté, enfermé et interdit de survoler pour des raisons de sécurité que je comprends.

Pour le moment, l’hélicoptère est parqué chez moi en attendant que je finisse les retouches et autres formalités avec grand espoir de le voir finalement voler librement !

Cet exploit, motiva notre ami Yéro à travailler sur plein d’autres projets dont : Le Deltaplane, la source énergétique éolienne, une hydro-moto à moteur de véhicule adapté et enfin le projet de construction de bateau pour lutter contre les nombreux cas d’accidents lors des traversées occasionnant des pertes en vies humaines dont nous nous ferons le plaisir de vous raconter comme seconde partie de cette série.

 

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