L'Énergie et l'Environnement

L'environnement en Guinée, horizon 2010


Sur le plan de la végétation, la Guinée a quatre grands domaines géo-écologiques: mangrove, forêt sèche, savane et forêt dense humide.

L'environnement guinéen présente dans son ensemble un équilibre assez précaire au regard des impacts négatifs des activités humaines sur les ressources naturelles et les milieux récepteurs sous formes de dégradation du couvert végétal, de tarissement de cours d'eau, d'érosion des sols, de disparition d'espèces biologiques.

 Face à cette situation, la Guinée a entrepris, avec l'appui de plusieurs  partenaires au développement, la formulation d’un certain nombre de programmes visant à terme d'enrayer les causes multiples de la dégradation des ressources naturelles et de l'environnement.

C’est dans ce contexte que le Gouvernement guinéen a entrepris, en 1989, la préparation d'un Plan National d'Action pour l'Environnement (PNAE). L'objectif visé était de parvenir à mettre en place un cadre de référence adéquat pour faciliter la mise en oeuvre efficace d'une politique participative de gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement. Il prend en compte toutes les initiatives qui étaient en train de prendre essor sur le terrain en vue de faire face aux préoccupations relatives à la dégradation de l'environnement. Le PNAE, document dynamique constitue le garant de la continuité et du développement à plus grande échelle de toutes les actions visant une meilleure protection de l'environnement et une utilisation plus judicieuse des ressources naturelles ; de ce point de vue où en est-on aujourd'hui de sa mise en oeuvre face à un environnement dont le processus de dégradation s'aggrave de plus en plus sous l'effet conjugué de plusieurs facteurs dont le plus récent est le poids des réfugiés des conflits armés du Libéria et de la Sierra Léone, de l’utilisation abusive des ressources naturelles ? La réponse à cette question est que le PNAE n'a pas vraiment connu une mise en oeuvre en tant que tel, même si la plupart des engagements des partenaires à la protection de l'environnement de la Guinée de ces dernières années s'en sont inspirés. On notera cependant que des projets en cours d'exécution comme l'élaboration de la stratégie et le plan d’action national de la diversité biologique de la Guinée, la communication nationale sur les changements climatiques, le projet de protection de la couche d'ozone, le projet d'appui à la communication et à l'information pour la protection de l'environnement, sont sans conteste des volets du Programmes du PNAE.

Ce survol des actions menées en faveur de la protection de l'environnement et d'une utilisation plus judicieuse des ressources naturelles montre que l'expression de la volonté politique a été suivie de faits concrets sur le terrain. Il reste cependant que si des résultats positifs ont été dans l'ensemble enregistrés, les échelles ne sont encore que de petite dimension et sur d'autres aspects comme les actions de reforestation ou de lutte contre les feux de brousse où par exemple les résultats ont été plutôt mitigés. Et sur un autre plan, le manque de coordination des divers intervenants n'a pas permis la meilleure capitalisation possible des acquis et une économie certaine de ressources qui aurait découlé du partage des expériences réussies.

L'installation rapide des réfugiés sur des sites n'ayant préalablement pas été soumis à un examen initial de l'environnement et à plus forte raison à une étude d'impact environnemental, a entraîné inévitablement la réduction de la durabilité des ressources naturelles, la détérioration de l'état de santé des personnes, la perte de la diversité biologique et plus généralement encore la diminution des moyens de subsistance des personnes. 

Dans ce contexte, quel est réellement l'état actuel de l'environnement en Guinée et quels sont aujourd'hui les problèmes environnementaux majeurs du pays et les priorités que se fixe le Gouvernement en vue d'enrayer la dégradation des ressources naturelles et de parvenir à une meilleure protection de l'environnement ?

Principales actions entreprises par le Gouvernement et les partenaires au développement de la Guinée en matière de gestion durable de l’environnement et des ressources naturelles

Droit guinéen de l’environnement

Le droit guinéen de l’environnement s’est notablement enrichi par l’adoption de toute une série de textes législatifs et réglementaires de portée globale et sectorielle. Ce mouvement de production normative, quoique déclenché pratiquement en 1986, s’est poursuivi à un rythme soutenu et  a rapidement abouti à la promulgation de plusieurs lois, complétées dans certains cas par leurs textes d’application. Ainsi le code minier a été adopté en 1986 et le code de l’environnement en 1987 et ses décrets d’application en 1989 à savoir : (i) -  prévenir et maîtriser la pollution marine ; (ii) - contrôler les installations classées, qui sont à l’origine des pollutions les plus préjudiciables; et (iii) - réglementer les études d’impact sur l’environnement. Au cours de la même année, une ordonnance a été prise pour modifiée le code de l’environnement  pour (i) - interdire l’importation des déchets de toute nature et quelle qu’en soit la finalité; et (ii) - le décret sur les études d’impact a par ailleurs été complété par un arrêté de 1990 précisant le contenu,  la méthodologie et la procédure de cet instrument d’évaluation écologique.

 En 1989, le code forestier et son décret d’application sont venus, dans la foulée de la préparation de la politique forestière, asseoir les bases juridiques de la conservation et du développement des forêts guinéennes. Quelques mois plus tard, en 1990, le code de la protection de la faune sauvage et réglementation de la chasse a été promulgué à son tour. Avec la sortie de ce texte, on dispose désormais d’instruments juridiques susceptibles d’assurer la préservation des écosystèmes et des milieux sensibles, la sauvegarde des espèces animales et végétales en péril et, plus généralement, une gestion plus rationnelle de la faune sauvage. L’ordonnance de 1989 portant police sanitaire des animaux, et de son décret d’application, adoptés quelques semaines avant ce code, avait déjà institué des mesures tendant à protéger le cheptel national contre les maladies contagieuses.

A cet ensemble de textes, il faut ajouter ceux relativement récents tels que  le code foncier domanial (1992) et le code de l’eau (1994), deux lois édictant des normes de gestion de deux ressources d’extrême importance, le sol et l’eau.

On observe donc qu’à à l’heure actuelle, l’environnement en général, les forêts, les espèces, les écosystèmes, le milieu marin, les substances minérales, les installations classées, les études d’impact écologique, les pollutions, les sols, l’eau, le foncier, font déjà l’objet de textes spécifiques. Aussi faut-il reconnaître qu’au cours de ces dernières années, le législateur guinéen a été particulièrement créatif en matière de législation sur l’environnement et les ressources naturelles. Mais son oeuvre, pour appréciable qu’elle soit, n’en est pas achevée pour autant. Des lacunes subsistent effectivement dans le droit environnemental guinéen. Elles peuvent être situées à deux niveaux normatifs: celui des législations sectorielles de base non encore adoptées, et celui des textes complémentaires qu’il reste à prendre en application des lois existantes.

Un élément commun aux textes législatifs guinéens relatifs à la protection de l'environnement est constitué par leur tendance à favoriser la responsabilisation des populations, eu égard à la gestion de leur propre environnement. Diverses formes de participation populaire sont encouragées : associations écologiques, collectivités locales, groupements informels ou simples citoyens.

La dimension participative du code forestier est également assez marquée. Elle est d’abord sensible dans le fait que le législateur a institué un domaine forestier des collectivités décentralisées (et que l’on songe actuellement à mettre en place des forêts villageoises), c’est-à-dire des espaces forestiers possédés en commun par des groupements organisés qui, localement, peuvent les exploiter et en tirer profit, éventuellement avec l’assistance technique du service forestier, mais à condition de les gérer convenablement et de ne pas les dégrader. Elle est ensuite notable à travers la reconnaissance des droits d’usage forestier en faveur des populations vivant à l’intérieur ou à proximité des forêts, qui peuvent ainsi satisfaire gratuitement leurs besoins personnels en produits forestiers, pour autant, là encore, qu’elles ne portent pas atteinte aux espaces boisés utilisés. Elle est enfin perceptible dans l’association des populations rurales et des collectivités décentralisées à l’effort de reboisement, la réussite de ce dernier étant tributaire de la contribution apportée par tous les acteurs concernés.

La chasse de subsistance est cependant avantagée par rapport aux autres formes d’activités cynégétiques, en ce qu’elle permet aux villageois, à l’intérieur de leur terroir, de satisfaire leurs besoins alimentaires et thérapeutiques. Enfin, les chasseurs ont la possibilité de s’associer en groupes ou clubs cynégétiques.

Pareillement, le code de l’eau dispose que la gestion des ressources en eau doit être, autant que faire se peut, assurée par les collectivités décentralisées à l’intérieur de leur ressort. Celle-ci appliquent leurs pratiques coutumières et peuvent s’organiser en associations d’utilisateurs. Par exception au principe de l’absence de priorité absolue entre les différentes utilisations de l’eau, le code réserve les priorités coutumières ayant cours au sein des collectivités décentralisées (article 41). La sensibilisation à l’environnement, qu’elle prenne la forme de l’éducation de la formation ou de l’information, représente une autre constante des législations environnementales. De son côté, le code forestier prévoit la mise au point de programmes destinés à favoriser une meilleure prise de conscience de l’importance des forêts, notamment au moyen de la définition de programmes d’enseignement et de recherche en matière forestière ; de la diffusion de programmes de sensibilisation et de vulgarisation à l’intention du grand public, en vue de promouvoir la participation des populations à l’effort de protection et de développement des forêts.

Plan d'Action Forestier Guinéen (PAFG)

23 - Les potentialités forestières reparties entre les forêts classées et les autres formations occupent respectivement 4,83% et 53,63% du territoire national. La gestion améliorée de ces ressources constitue au niveau national un sujet de préoccupation dans la mesure où des signes évidents de leur dégradation sont perceptibles. Ainsi la Guinée adopte en 1987 le programme d’action forestier tropical (PAFT), qui est le cadre global d’intervention pour sauver les forêts tropicales et assurer leur contribution efficace au développement socio-économique durable, et qui a fait l’objet d’une revue à mi-parcours en 1992.

La première Communication nationale sur les changements climatiques : Efficacité,  24 - pertinence, efficience et  viabilité du projet (activités habilitantes). La PCN de la Guinée a été publiée par arrêté du Premier Ministre en 2002. Elle est la manifestation de l'engagement de la Guinée à remplir ses obligations dans le cadre de la CCNUCC. Bien que n'ayant pas d'engagement de réduction des GES dans le cadre du Protocole de Kyoto, elle se doit de soumettre régulièrement à la communauté internationale des informations  sur ses émissions de GES.  

Stratégie et plan d’action national sur la diversité biologique

La Guinée, en tant que Partie à la Convention sur la diversité biologique a préparé sa Stratégie Nationale et son Plan d’Actions pour la conservation de la diversité biologique et l’utilisation durable de ses ressources. Ladite stratégie nationale et son  plan d’actions ont été approuvés par le gouvernement le 25 Septembre 2001. Pour une mise en œuvre satisfaisante de cette  stratégie nationale sur la diversité biologique, la Guinée a bénéficié d’un financement additionnel du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) pour lui permettre d’identifier ses besoins en renforcement des capacités institutionnelles et humaines dans quatre domaines jugés prioritaires à savoir, la taxonomie, la conservation in-situ et ex-situ, les connaissances, innovations et pratiques traditionnelles et la participation des communautés locales à la collecte au stockage et à la dissémination de l’information dans le cadre du CHM.

Priorités et axes d’orientation

Politique de l'environnement

La politique environnementale de la Guinée est exprimée essentiellement dans le code l'environnement (Annexe 4) et dans les autres codes relatifs aux ressources naturelles. La mise en œuvre de cette politique est décrite dans les documents de stratégies. Cette politique demande à être renforcée avec la mise en cohérence des divers textes  codifiant la gestion des ressources naturelles et la protection de l'environnement et une prise en compte plus systématique de l'environnement dans le développement des programmes et des projets sectoriels. 

Renforcement des capacités nationales en études, analyses, recherches et gestion de l'environnement

Il a été établi que face aux nombreux problèmes environnementaux que le pays connaît et qui pourraient prendre une plus grande ampleur si rien n'est fait pour inverser la tendance, la Guinée a besoin de plus grandes capacités en études, analyses, recherches et gestion de l'environnement. Cela s'entend que des ressources humaines compétentes sont formées et équipées de manière convenable pour suivre l'état de l'environnement et des ressources naturelles et les facteurs de leur dégradation. Il s'agit non seulement de doter le Ministère de l'Environnement des moyens d'une mise en oeuvre efficace de la politique environnementale, mais de former dans les différents secteurs de l'économie des personnes compétentes pour la prise en compte de la dimension environnementale dans les activités sectorielles. Cela exige un vaste programme de formation générique et appliquée et la mise en place de ressources techniques et technologiques appropriées.

Aménagement des bassins versants et gestion des ressources en eau

Les résultats et acquis des programmes pilotes d'aménagement des bassins versants suscitent un intérêt à développer un programme d'extension des modèles techniques qui ont permis d'améliorer la gestion des ressources naturelles.

Lutte contre la déforestation, mise en défens, enrichissement du couvert végétal, gestion des forêts, classement, aménagement et gestion d'aires sensibles

Le phénomène de la déforestation est observable sur l'ensemble du territoire national. Il est principalement dû aux mauvaises pratiques agricoles et d'élevage et à une exploitation incontrôlée et démesurée des ressources en bois du pays. Il devient urgent de lancer un vaste programme avec la participation des populations locales pour freiner la déforestation, une action à conjuguer avec la mise en défens des zones sensibles, le reboisement et une meilleure gestion des forêts.

Lutte contre la surexploitation des ressources de la mangrove et développement intégré de la zone côtière

Le projet pilote d'aménagement de la Baie de Sangaréah a permis de développer et d'expérimenter une approche de gestion des ressources de la mangrove avec la participation des populations locales.  Il s'agit maintenant d'envisager l'extension des modèles qui ont été capitalisés, avec des actions qui s'inscriraient  dans un programme plus large de développement intégré de la zone côtière tel qu'envisagé par le PNAE.

Conservation et protection de la diversité biologique

La Guinée a bénéficie d'un appui du PNUD/PNUE/Fonds Mondial pour l'Environnement qui  a permis de dresser un inventaire national de la diversité biologique et l’élaboration d’une stratégie et plan d’action pour la préservation de la diversité biologique de la Guinée. L’un des résultats de la mise en ouvre de ce plan d'action et la formulation et la mise en œuvre du Programme de conservation de la Diversité biologique des Monts Nimba qui a démarré ses activités en juin 2005.

Lutte contre les pollutions des milieux récepteurs, le réchauffement de la planète Terre et  protection de la couche d'ozone

Deux projets en cours d'exécution sur un appui du PNUD et du PNUE concernent respectivement  l’élaboration de la communication nationale sur les changements climatiques et la stratégie nationale sur la couche d'ozone. Ils visent à définir et à entreprendre des actions devant contribuer à mieux connaître, contrôler et réduire en Guinée les facteurs qui ont un impact négatif  sur le climat et la couche d'ozone.

Lutte contre la désertification et la sécheresse

La Guinée est Pays- Partie de la  Convention de Lutte contre la  Désertification et la Sécheresse.  Elle a bénéficié des financements du PNUD/FEM et du CILSS/MM pour l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la désertification. Cette stratégie a été adoptée en mai 2006 par les parties prenantes au cours d’un forum national.

Actions urgentes dans les zones de concentration des réfugiés des conflits armés.

Les études récentes réalisées grâce à un appui des partenaires  donnent une idée de l'ampleur des impacts environnementaux des réfugiés dans les zones de leur installation. Le programme des Monts Nimba (PNUD/FEM) en cours d’exécution fournirait des données et ferait des analyses suffisantes pour permettre de formuler un plan d'atténuation et de correction là où les effets négatifs sont déjà observés et un plan de prévention dans d'autres zones susceptibles d'accueillir de nouveaux  réfugiés. Les actions urgentes concerneront l'arrêt de la déforestation, la lutte contre l'érosion des sols, le surpâturage, la pollution des sources d'eau. Il faudra investir pour l'accès à l'eau potable, à des infrastructures sanitaires et d'assainissement pouvant garantir la santé des populations des zones d'accueil des réfugiés. Il faudra également envisager la promotion d'activités génératrices de revenus autres que les activités agricoles ou à défaut créer les conditions d'une agriculture respectueuse de l'environnement.

 La diminution de la couverture végétale et de la diversité biologique ont entraîné la dégradation des terres qui est le plus grand problème environnemental du milieu rural guinéen. Un problème qui persistera aussi longtemps que le pays ne sera pas parvenu au rétablissement des nécessaires équilibres macro-économiques, à la maîtrise foncière, à la mise en œuvre de politiques de prix des ressources naturelles, à la gestion participative des forêts.

La Guinée a donc véritablement besoin d'entreprendre des actions urgentes de protection de son environnement et d'amélioration de la gestion de ses ressources naturelles. Ce qui demande la mobilisation d'importants moyens financiers qu'elle ne pourra réunir qu'avec le concours de la communauté internationale.