Après Ebola, repenser le développement

13 nov. 2014

UNDP Africa

L’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest est en train de tuer, de détruire les communautés et de condamner des enfants à devenir orphelins aussi vite qu’une guerre civile.

Aujourd’hui, si le virus n’est pas stoppé, les acquis économiques et sociaux de ces trois pays à peine sortis de longues périodes de conflit et d’instabilité pourraient tout simplement partir en fumée.

Au Libéria, 60 pourcent des marchés sont maintenant fermés. En Sierra Leone, seul un cinquième des 10 000 personnes sous antirétroviraux sont encore en mesure de suivre leurs traitements. En Guinée, à cause de la crise, le gouvernement souffre aujourd’hui d’un déficit de financement de l’ordre de 220 millions de dollars américains.

Enfin sortis de leurs périodes les plus sombres, ces trois pays demeurent fragiles, divisés et en proie aux chocs. En ce sens, les vulnérabilités exposées par la crise soulèvent des questions sérieuses sur le processus de développement qu’ont connu ces pays.

La première vulnérabilité est le déficit chronique d’investissement dans les individus. Bien que la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria aient connu une importante croissance économique au cours des dix dernières années (à hauteur de 3,8, et 10 pourcent par an), les conditions de vie sont restées les mêmes pour beaucoup de gens : il s’agit, au fond, de croissance sans développement.

La deuxième vulnérabilité est l’absence de contrat social entre Etat et citoyens, résultat de la longue période de conflit qu’a connu la région. En effet, un sondage d’opinion mené par l’Afrobarometer en 2012 indique qu’il existe une méfiance profonde de l’Etat, alimentée par des insuffisances en matière de gouvernance et une qualité de vie stagnante.

Cette crise de confiance a vu les théories du complot se multiplier. Le gouvernement et les volontaires déployés chercheraient à propager Ebola. Certains nient l’existence-même du virus, inventé selon eux par les gouvernements pour s’attirer les fonds des pays donateurs.

Pour s’attaquer à ce mélange explosif – un virus hautement contagieux, implanté au sein d’une société pauvre et fragile qui se méfie de l’Etat – on ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était.

La communauté internationale et les pays touchés peuvent s’assurer qu’une telle dévastation ne se reproduise jamais. Pour ce faire, il faut mettre les individus au cœur de tous les efforts de développement.

Cela signifie renforcer les investissements en matière de santé, d’éducation, de création d’emplois et de services de base afin de permettre aux populations de raffermir leur résilience et leur autonomie.